Réflexions sur la prêtrise païenne

Disclaimer: avec ce texte je ne cherche à heurter personne. Je m’excuse par avance si il le fait.

Il est le fruit d’une réflexion personnelle entamée à Samonios. Elle a été nourrie par différentes scrutations. J’essaye de parler de façon généraliste, les sources qui m’ont servies sont toutes différentes. Souvent elles ne le savent même pas, je suis me suis seulement posée en observatrice. Je les en remercie cependant de m’avoir éclairée.

C’est finalement la lecture de John Beckett qui m’a décidée à mettre en forme ce fil de pensées. Ça m’a pris du temps pour être claire et tenter de l’être. Mon esprit est parfois désordre. Je m’en excuse.

Cette question m’intéresse beaucoup. Non pas que je veuille être prêtresse, que Kernunnos m’en préserve mais parce que c’est une question que je me suis réellement posée il y a bien longtemps. Non pas prêtresse mais pasteure.

En terminale j’ai sérieusement étudié l’idée d’entrer en théologie protestante. Et sérieusement envisager d’endosser la robe pastorale. J’avais lu la biographie de la première femme pasteure et j’étais impressionnée. Le pasteur de notre paroisse m’avait même montré ce qu’on appelle le palais Universitaire où se trouvait l’ufr de théologie protestante.

Fort heureusement j’étais déjà consciente du fait que d’une part ma timidité serait un problème et de l’autre que j’avais des aspirations mystiques bien éloignées de la rigueur protestante. Les études d’art semblaient une meilleure option pour un esprit libre. Je n’ai jamais regretté. Et j’ai quand même été au palais U.

Aujourd’hui, je suis assez fascinée par cette montée sacerdotale chez les païen.ne.s. Plus souvent des femmes par ailleurs. Je lis sur la question avec curiosité. J’essaye de comprendre. Ce qui m’intrigue réellement ce sont les points de concordances entre celleux qui se découvrent des envies de prêtrise. Je suis allée observer, virtuellement, ce qui peut fausser un peu les conclusions, différentes personnes ( les insomniaques ont des nuits passionnantes) , de différents pays, avec différentes divinités, différents âges et différents background. Quand il est possible de remonter leur feed, les réseaux sociaux n’oublient rien, on glane beaucoup d’infos. L’insomniaque a du temps.

Lenteur maîtresse de sagesse

La première chose est la différence entre les prêtre.sse.s qui le sont devenu.e.s avant les réseaux sociaux, l’ére préhistorique des bibliothèques universitaires et des rencontres IRL. Une époque où il fallait être sérieusement motivé.e parce que facebook c’était encore le bar du coin. Trouver des gens avec des points communs spécifiques ne se faisait pas en un clic de souris vous emmenant aux quatre coins du monde. Et les prêtre.sse.s 2.0, boostées aux social médias né.e.s presque clavier en main.

La rapidité de conversion à la prêtrise est en rapport avec la rapidité de connexion à un groupe et aux informations : la ou les ancien.ne.s mettaient déjà plusieurs années à ne serait-ce qu’intégrer leur spiritualité les jeunes ont déjà fini leur cheminement. Là ou on avait le temps de considérer chaque élément avec soin aujourd’hui dans le flux permanent il faut être rapide. Est ce que la rapidité est une bonne chose ? Je ne sais pas. La lenteur éprouve la persévérance. Elle éprouve le doute. Elle permet de digérer les choses dans le calme. Elle donne de la résonance.

La rapidité, les impétrant.e.s s’y décident jeunes, au bout de 4/5 ans de pratique en moyenne contre souvent jusqu’au double pour les ancien.ne.s . Pour ma part m’intégrer au druidisme a pris très longtemps, contrairement à ce qu’on peut penser. Le fait est que je mûris les choses dans l’ombre et qu’elle ne sortent qu’une fois que je suis sûre. C’est aussi comme ça que j’ai mis 6 ans à dire oui à ma demande en mariage au bout de déjà 6 ans de vie commune…. ce n’est pas pour rien que je suis pour la maturation des choses.

Bref. L’accès facilité et l’impression communautaire que donne les réseaux sociaux fait que ça va plus vite. Je reste perplexe, mais je suis une vieille psycho rigide …. Je suis de la génération où il fallait être dans le déplacement, le temps et avoir un coup de bol pour rencontrer la bonne personne avec qui échanger.

L’équilibre et l’ego

Si on est pasteur on se base sur une liturgie. Si on est curé on se base sur une liturgie. Idem si on est imam ou rabbin . Mais sur des religions reconstruites, avec plus ou moins de connaissances apportées par les sciences humaines , des connaissances prêtant a caution malgré la rigueur scientifique quelle liturgie ? Quelle base donner a une ligne de pensée ?

Nous ne sommes pas dans des religions qui auraient survécues et évoluées dans le temps. Il ne reste que des ruines sur lesquelles bâtir.

Les religions qui ont naturellement évoluées, se sont nourries au fil du temps, leurs essence a été protégée et avec leurs rites et lois. Elles sont plus avancées que le paganisme moderne,essentiellement occidental.

Donc qu’en est il dans le reconstructionisme ? En choisissant la voie druidique j’ai opté pour une philosophie plus qu’une religion. Je peux y insérer mes divinités.

Hormis donc le druidisme il y a différentes autres branches comme l’Asatru, le Heathhenry , le Kemitisme ou encore la Rodnoverie . Là aussi, on met un cadre. Certains le dépassent pour être plus politique, une tendance que je déplore mais ce n’est pas la question du jour. Le cadre suppose une forme de liturgie et le groupe créé la tempérance, hormis les quelques fanatiques dont aucun groupe n’est vierge.

Ma question porte donc sur les « indépendant.e.s”. Les hors cadres. Celleux qui construisent finalement leur propre chemin.

Quelle est leur cadre ? Dans mes recherches sur la question pour une même divinité il y a un fil conducteur mais chacun.e l’arrange à sa sauce. C’est flagrant chez les prêtre.sse.s d’Hekate. Je prends un sujet que je connais bien en exemple.

En groupe, en Hekateion, encore une fois ça trouve sont équilibre. Le fait d’avoir plusieurs officiant.e.s apporte les torches pour éclairer l’ombre, c’est a dire assez d’ouverture pour ne pas être totalement sectaire et garder une distance salutaire.

Indépendant.e c’est beaucoup plus difficile. Une première chose marquante chez les ”free lance ” si je puis me permettre cette appellation, c’est la rapide montée en sève sans grande nuance. On voit le avant et après. Étant donné l’âge moyen j’imagine que le social média y joue un rôle important. Soudain le ton change, le point d’orgue est une sorte de révélation.

On retrouve cette même mécanique chez les gourous, la révélation vous met soudainement au dessus du lot.

Ensuite vient le besoin d’en faire part tout en jouant sur les mystères. Dans certains cas il y a une forme de martyrologie. « Hekate me parle et demande tant de moi ”, ” Cernunnos est si difficile je dois vivre et servir dans la crainte”. J’attends désormais les stigmates, une de mes grandes passions par ailleurs ( je garde à ce sujet une tendresse particulière pour Padre Pio )

. Quand il y a des histoires de crainte, de peur, de souffrance initiatique j’éprouve toujours un malaise parce qu’en phase avec sa divinité le rapport n’a pas à être doloriste. Même avec des divinités dites sombres. Un jour on reparlera de cette notion. A mon sens justement ces divinités ne sont pas sombres pour les pratiquants.

Chez les ”chamanes” si la révélation des dons peut venir après une épreuve ils sont en paix avec leurs guides. C’est même une condition pour œuvrer correctement. Le dolorisme est chrétien. L’héroïsme dans sa splendeur courageuse est païen.

J’ai retrouvé ces mécaniques chez plusieurs de mes  » sujets d’études « . Et si iels savent bien parler, être un peu charismatique iels touchent au pouvoir. Le pouvoir est fascinant pour l’humain. Il ouvre les portes d’un ego qui se met en expansion. Honnêtement je pensent que chez certains de mes sujets le côté grisant du pouvoir est même inconscient. Pourtant iels essayent de l’exercer. La rhétorique change, l’attitude change. Tout devient vérité.

Le basculement vers l’obsession est un autre chemin. Mais on peut parfois le mixer avec celui cité précédemment.

J’ai arrêté de lire une prêtresse d’Hekate parce que son obsession se muait en mysticisme insupportable et dogmatique. Elle ne fait plus d’ailleurs que des articles chaque fois controversés. Et pourtant elle en a sous le pied pour rendre sa prêtrise différente d’un prêche évangéliste avec des raccourcis improbables. Elle s’est mise presque a confondre culte a Hekate et culte de la personnalité.

Vivez en conscience

Je pense une chose simple, une divinité qui choisit quelqu’un pour un cheminement de prêtrise la choisit pour de bonnes raisons. Elle SAIT déjà. Elle n’a pas besoin de l’éprouver. Penser le contraire est presque la sous estimer, se substituer à elle dans son propre jugement.

Elle choisit une personne aussi parce qu’à ses yeux elle en capacité de faire le lien elle et le monde, elle plus particulièrement ses dévots. Elle ne demande pas de théoriser sur la prêtrise, autre point assez commun chez celleux qui choisissent ce chemin, mais de parler ou d’acter en son nom. En toute simplicité. C’est le job, comme d’autres sont death walker ou dream walker.

Pour compléter cette réflexion non exhaustive je ne saurais que vous renvoyer à Guillaume d’Okham, à Gordon W Allport et plus particulièrement The Individual and His Religion, à Durkheim et peut être aussi la théorie de la bicameralité de Julian Jaynes. Ce sont des pistes intéressantes hors lectures de païen à païen.

Pour finir ce pavé, L’humilité est le propre de tous les bons officiants. L’humilité permet l’ouverture et de ne pas tomber dans des gouffres trop profonds de l’ego et de ses sirène flatteuses.

Et j’y tiens, ne jamais oublier de rire, de rire de soi en particulier.

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